Et si le plus dur était à venir

Il faut toucher le fond pour remonter, mais je ne savais pas que le fond était aussi profond.

Mon précédent article www.lesraisinsdelacolere2 avait un peu surpris par son pessimisme, car pour certains de mes lecteurs je ne faisais que grossir les traits d’une crise à venir.

Alors qu’en ce début juin le CAC 40 est revenu à un  plus haut niveau à 5200 points,  je retrouve sous la plume de Marie CHARREL dans le Monde du 26 mai 2020 un certain nombre de situations qui sont bien mieux décrites.

Dans cet article Marie CHARREL décrit l’enchainement des situations à venir.

Elle commence par la situation de Stéphane, coiffeur dans un salon  de coiffure, qui a perdu son emploi à cause de 2 mois de confinement. Il s’est reconverti en coiffeur à domicile, pour boucler les fins de mois mais se demande comment payer l’échéance de 700€ pour  son crédit d’appartement .

Puis c’est le cas de  Catherine, mise au chômage partiel parle restaurant où elle travaillait. Mais sans les pourboires et les extras (heures supplémentaires), ses revenus ont chuté et elle s’est résolue à solliciter ses parents. « Car si pour le loyer, ça va, mais le prêt pour la voiture, c’est un peu juste »,

Pour Eric Dor, économiste à l’Ieseg School of Management : « Des difficultés sont à craindre cet été, lorsque les allocations ne seront plus versées aux demandeurs d’emploi, surtout si, d’ici là, la reprise n’est pas au rendez-vous », D’autant que le taux de chômage outre-Atlantique a crû de 3,5 % à 14,7 % entre janvier et avril

Mais cette crise comme celle de 1929 est devenue mondiale, nos modes de consommation et modes de vie se ressemblent  beaucoup trop. Pour Natalia Nunes, chez DECO, l’association de défense des consommateurs portugais « L’usage des cartes de crédit est très répandu dans notre pays et l’effondrement des revenus lié à la crise est préoccupant. Des milliers de familles se tournent vers nous, car elles ont peur de perdre leur logement si elles ratent des paiements à la banque. » Beaucoup cherchent à renégocier leurs échéances, ou à bénéficier de moratoires. « Ceux qui viennent nous voir gagnent en moyenne 1 050 euros par mois avec des crédits dépassant les 700 euros, soit plus de 70 % de leurs revenus, loin des 35 % recommandés », ajoute-t-elle. Ces familles sur la brèche pourraient plonger en septembre, lorsque les moratoires et le chômage partiel seront levés,

Un engrenage catastrophique.

Dans le pire des cas, une hausse des défauts pourrait fragiliser les banques, en augmentant le niveau de créances douteuses dans leurs coffres. « Sans aller jusque-là, estime Ana Boata (Euler Hermes), des ménages plus endettés et inquiets des lendemains risquent de réduire leur consommation. »

« Si la consommation ne redémarre pas, nous nous enliserons dans une croissance durablement faible, notamment au Sud, avec une hausse de la colère sociale, estime un eurodéputé, ajoutant qu’il s’agit du scénario qu’il redoute le plus. Or cette colère peut éclater à cause d’une petite étincelle , cela a été le cas de ce Tunisien qui en s’immolant a déclenché le  printemps arabe. Ou bien encore cette arrestation choquante  en mai 2020 de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, mort lundi soir juste après avoir été arrêté par quatre policiers blancs, qui le soupçonnait d’avoir voulu écouler un faux billet de 20 dollars »

Cette mort a mis le feu aux poudres  dans divers villes américaines de Los Angeles à Philadelphie et de Chicago à Colombus.

Est-ce que comme le printemps arabe, la colère sociale peut s’étendre dans nos économies occidentales. Nombreux sont les hommes politiques qui le redoutent. Car nos dirigeants commencent à exprimer leurs inquiétudes.

Quand nos dirigeants doutent également.

Pour Mme Christine LAGARDE, dans un article dans le journal Le Monde de mai 2020 :

La France connaît la plus importante chute de son activité depuis 1949  

Le deuxième trimestre, avec un confinement presque complet de tous les pays sur l’ensemble du mois d’avril, sera bien pire : « Les indicateurs pointent vers – 15 % d’un trimestre sur l’autre » pour la zone euro, a continué Mme Lagarde

« Au début, seuls certains secteurs étaient sévèrement affectés, a observé la présidente de la BCE. On parlait du tourisme, du transport, du divertissement ou de la culture ?… Et puis, graduellement, des secteurs entiers de l’économie ont été tout simplement fermés. Ça commence tout juste à se voir dans les statistiques, avec les premiers chiffres du premier trimestre. »

Pour la suite, les indicateurs de la consommation sont « en chute libre », le marché du travail s’est « profondément détérioré », le déclin est visible « dans le secteur manufacturier mais aussi dans le secteur des services »… En Allemagne, a souligné Christine Lagarde – qui s’exprimait devant une salle de presse vide –, 718 000 entreprises ont recours au chômage partiel. En France, 425 000 sociétés, couvrant plus de 10 millions d’employés, sont concernées. En Italie, 6 millions de salariés sont dans la même situation.

Après les annonces  de ce mois de mai, des  grands plans de suppression d’emplois des grandes entreprises, celles qui marquent les esprits avec Renault, PSA, Airbus, le dépôt de bilan d’Hertz etc, on assistera à la rentrée de septembre aux suppressions d’emplois des TPE et des PME, celles qui vont mettre au chômage  un ou deux employés, parfois suivi de celui du patron des TPE. Ce dernier non couvert par les allocations de chômage, ne s’inscrira pas à l’ANPE et n’augmentera pas les statistiques du chômage. Mais sa perte d’emploi pèsera sur la consommation et les effets induits  entraineront ce cercle vicieux de la crise.

Ainsi va le monde, nous allons entrer dans une période noire, mais il faudra attendre de toucher le fond de la piscine pour remonter.

Mais comme me disait une amie cheffe d’entreprise  : « Il fallait toucher le fond pour redémarrer, mais je ne savais pas que le fond était aussi profond ».

Fini de rédiger par Jean-Pierre Lallemand le 08/06/2020 pour le journal de l’epargnant

Jean-Pierre Lallemand

Jean-Pierre Lallemand

Jean-Pierre Lallemand Rédacteur en chef du journal www.lejournaldelepargnant.fr est : diplômé de Sciences Po Paris Eco-Fi, option fiscalités finances, après une maîtrise de Sciences Economiques Option Banque et Bourse à La faculté de Paris II Assas, s'est orienté dès 1982 vers la banque. Ancien CGP inscrit à la CNCGP, il veut mettre à la disposition des Conseils en Gestion dePatrimoine, tous les outils permettant développer leurs cabinets.

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